Le microbiote est-il impliqué dans le développement du cancer colorectal ?
Le côlon est un lieu susceptible de développer des tumeurs et c’est aussi où réside la plus grande partie du microbiote intestinal.
Plusieurs études ont montré que les communautés bactériennes présentes chez les personnes souffrant de cancer du côlon étaient différentes de celles de personnes saines, ce qui peut créer une dysbiose. Les bactéries associées à la muqueuse du côlon ainsi que les bactéries retrouvées dans les selles ont toutes les deux été étudiées dans ces études. De plus, la composition du microbiote chez le patient cancéreux est différent sur la tumeur et à côté de la tumeur (voir notre article pour tout connaître du microbiote intestinal).
Plusieurs études ont identifié des bactéries différentes mais il semblerait qu’il y ait un enrichissement global en espèces de Fusobacterium et de Campylobacter, associées avec la muqueuse tumorale, comparé à des tissus non tumoraux chez les mêmes patients. Un enrichissement en ces espèces a également été observé chez les patients cancéreux comparés à des patients sains.
L’étude des bactéries a permis d’en identifier plusieurs comme potentielles contributrices au développement du cancer colorectal. Streptococcus gallolyticus, dont l’ADN a été retrouvé dans 20-50% des tissus cancéreux, pourrait participer à la croissance tumorale chez certains individus. Mais elle pourrait également être une bactérie opportuniste qui ne contribue pas à son développement mais croît aisément dans l’environnement tumoral. Escherichia coli se retrouve en abondance plus élevée dans des tissus tumoraux et pourrait contribuer à la carcinogenèse du côlon. Fusobacterium nucleatum pourrait également participer à l’initiation de la maladie par sa modulation de l’inflammation.
Toutefois, plus qu’une bactérie individuelle responsable, il paraît plus probable que la communauté bactérienne entière ainsi que les composés qu’elle produit jouent un rôle dans la carcinogenèse (processus de formation du cancer).
Les graisses et les acides biliaires
Les régimes riches en graisses sont associés avec une plus forte incidence de cancer colorectal. Les régimes riches en graisses saturées (provenant principalement des produits animaux) augmentent la production d’acides biliaires. Or, les bactéries du microbiote intestinal participent au métabolisme des acides biliaires et pourraient donc contribuer au lien entre cancer et graisses saturées. En réponse à l’ingestion de graisses saturées, le foie produit des acides biliaires qu’on dit « conjugués ». Ils sont transformés (ou déconjugués) par les bactéries intestinales en acides biliaires secondaires : les acides lithocholique et désoxycholique. Or, ces deux composés sont élevés chez des patients souffrant de cancer du côlon et ils promeuvent l’inflammation.
De plus, la bactérie Bilophila wadsworthia est retrouvée en plus grande quantité chez les mangeurs de produits animaux (viande et produits laitiers). Elle est pro-inflammatoire et peut être détectée par l’analyse du microbiote intestinal Nahibu. Contrôler les taux de cette bactérie pourrait permettre de réduire l’inflammation du côlon qui joue un rôle dans les MICI (Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin) et le cancer.
Toutefois, le métabolisme des acides biliaires par les micro-organismes pourrait également avoir des effets positifs. L’acide ursodésoxycholique semble avoir des effets bénéfiques chez l’Homme et l’animal. Il est même approuvé comme thérapie pour la cirrhose biliaire primaire. Certaines bactéries intestinales, notamment des souches de Clostridium, Ruminococcus, ou Eubacterium peuvent le produire à partir de l’acide chénodésoxycholique.
Les fibres et les acides gras à chaîne courte
Les bactéries intestinales peuvent produire des acides gras à chaîne courte (AGCC), à partir des fibres végétales que nous ingérons. Ces fibres, non digérées par notre organisme, sont fermentées par notre flore intestinale. Elles sont présentes dans les fruits, légumes, légumineuses et les céréales complètes. Les AGCC produits ont un effet anti-inflammatoire et pourraient donc avoir un effet protecteur contre le cancer.
Les protéines
En revanche, un régime alimentaire riche en protéines peut conduire à la production de composés néfastes par le microbiote, comme les polyamines. Des taux élevés de ces molécules sont retrouvés dans certaines maladies, dont le cancer. Le stress oxydant qui résulte de la dégradation des polyamines serait à l’origine de sa toxicité. De plus, certaines bactéries pathogènes utilisent les polyamines pour augmenter leur virulence.
Même si l’implication d’un régime riche en protéines sur le cancer du côlon reste sujette à débats, il vaut mieux éviter de consommer trop de protéines animales. En revanche, les fibres alimentaires contenues dans les fruits, légumes et légumineuses peuvent limiter la fermentation des protéines dans le côlon et auraient donc un effet protecteur.
L’alcool
Le produit de la dégradation de l’alcool, l’acétaldéhyde, est carcinogène et hautement toxique. Les bactéries du microbiote buccal auraient la capacité de former ce composé à partir de l’alcool, et il se pourrait que celles du microbiote intestinal aient cette même propriété. Il faut donc réduire sa consommation de boissons alcoolisées pour limiter la formation de ce composé fortement toxique.