Microbiote et poids

Nahibu
06/03/2020

Selon l’Organisme Mondial de la Santé (OMS), en 2016, 1,9 milliard d’être-humains étaient en surpoids.

Que ce soit pour des considérations santé ou esthétiques, le contrôle du poids est aujourd’hui une question centrale de notre société. L’Indice de Masse Corporelle (IMC), indicateur de corpulence, est la mesure la plus communément utilisée pour définir une corpulence, et notamment l’obésité et le surpoids. Ce dernier est défini par un IMC supérieur à 25kg/m2. Lorsque l’IMC dépasse 30kg/m2, on parle d’obésité. Il en existe différents degrés. Selon les différents degrés, les risques pour la santé évoluent, à tel point que l’obésité est aujourd’hui devenue un problème de santé publique majeur au niveau mondial.

L’excès de masse grasse induit de nombreux risques pour la santé, notamment si celle-ci est concentrée au niveau abdominal. Outre les difficultés quotidiennes dues à la prise de poids, d’autres pathologies peuvent subvenir, telles que le diabète de type 2, des problèmes cardiaques et respiratoires, une fragilité articulaire, une hypertension artérielle…

Malgré de nombreuses actions de prévention et les solutions thérapeutiques existantes (régimes, chirurgies, prises en charge psychologiques…), l’obésité ne cesse de gagner du terrain depuis quelques années (les chiffres ayant presque triplé dans le monde depuis 1975). La cause se trouve parfois ailleurs que dans les comportements alimentaires.

Toujours selon l’OMS, 41 millions d’enfants de moins de 5 ans étaient en surpoids ou obèses en 2016. On dit qu’un microbiote « obésogène » se met en place dès la naissance. Serions-nous alors condamnés à un destin pathologique dès nos premiers instants ? Ou existe-t-il un moyen de déjouer cette fatalité ? Quel est le rôle de notre microbiote sur cet aspect de notre santé ?

D’après de nombreuses études scientifiques, il existe aujourd’hui un lien évident entre un microbiote altéré et la prise de poids. En effet, le microbiote intestinal d’une personne obèse est significativement différent de celui d’un individu de corpulence normale (IMC compris entre 18 et 25kg/m2). Chez ces premiers, le phylum Firmicutes augmente alors que le phylum Bacteroidetes a tendance à diminuer. Ceci induirait une facilité à extraire l’énergie des substrats non utilisés par l’organisme humain, et augmenterait son stockage dans le tissu adipeux.

L’obésité semble également être associée à une diversité microbienne plus faible, celle-ci étant corrélée à un meilleur état de santé.

Les acides gras à courtes chaînes (acétate, butyrate, propionate) sont produits par la fermentation bactérienne. Ils sont utilisés comme substrats énergétiques, mais également comme régulateurs de la satiété. Ils participeraient à la prise alimentaire.

Certaines perspectives pour la prise en charge de l’obésité visent à modifier la composition du microbiote intestinal. En effet, la présence ou non de certaines bactéries dans le microbiote intestinal aurait un rôle significatif dans la prise de poids.

Akkermansia muciniphila est l’une des bactéries ayant un impact positif sur l’intestin et fait également partie des plus étudiées par le monde scientifique. Cette bactérie est souvent sous-représentée dans la prise de poids. Sa présence dans le microbiote intestinal est donc bénéfique. Tout comme Faecalibacterium prausnitzii, sous-représentées dans les maladies inflammatoires de l’intestin, leurs présences témoignent d’un meilleur état de santé général.

Par ailleurs, différentes études ont permis de démontrer l’impact positif des genresBifidobactériumetLactobacillus sur l’obésité en jouant sur l’IMC, l’inflammation et sur la leptine (l’hormone de la satiété).

L’alimentation semblerait être un facteur déterminant jouant sur la composition du microbiote intestinal et ses fonctions mais il n’est pas le seul. D’autres facteurs importent comme le mode de naissance, l’allaitement, l’environnement, etc. Certains sont donc modulables et d’autres non. La principale alternative serait de jouer sur l’alimentation et éventuellement la prise de probiotiques, afin d’accroître la présence de bactéries bénéfiques au sein du microbiote intestinal.